Accouchement traumatique: pourquoi des femmes disent « merci »

L’article : http://marieaccouchela.blog.lemonde.fr/2017/05/29/accouchement-traumatique-pourquoi-des-femmes-disent-merci/

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Parallèle de la femme qui accouche avec la traversée d’une rivière

J’aime faire la parallèle de la femme qui accouche avec la traversée d’une large rivière telle un « passeur de vie ». Au début, on sait que l’on y est. On avance et l’eau monte doucement. C’est sûr, là, on est plongée tout entière. On est brave, on veut que tout soit beau malgré la crainte (soit que c’est la première fois, soit que justement, on connaît d’avance la partie à jouer). On nage, on sait que l’on doit atteindre l’autre rive. Mais au bout d’un temps la fatigue s’annonce, alors on puise dans nos forces, on sait encore raisonner et réfléchir. Et on va au bout de soi-même, du moins à cet instant c’est ce que l’on croit. Alors quand tout à coup on se sent fléchir, alors que la rive nous paraît encore bien loin, on a envie de se laisser couler, de renoncer, car c’est sûr on n’y arrivera pas. (C’est en cet instant que le spectre de la péridurale rôde autour de sa proie, comme une promesse de Paradis). C’est certain, on coule, on ne peut plus respirer, on est broyées de toutes parts et on ne peut pas demander une pause. On le sait, mais on voudrait bien, tout autant que l’on voudrait renoncer (« je ne veux plus accoucher » ; « je veux rentrer chez moi » …). Mais là commence la récompense : on se rend compte que l’on arrive à vivre sous l’eau, on comprend enfin que l’on est l’eau même. Et dans cet autre monde, au plus profond de soi-même, de cet inconnu insoupçonné, tel un dauphin qui remonte à la surface, plein de force et de vigueur, nous remontons à l’air libre, revigorée et plein de ressources nouvelles: nous voyons que la rive est là, toute proche. Cette fois c’est sûr, on sait que l’on peut y arriver! Le bébé s’annonce, la poussée irrépressible amène l’enfant hors de notre ventre, et nous, enfin sur l’autre rive, nous savons que plus rien ne sera comme avant. Nos bras, nos seins, notre amour, deviennent le nouvel univers de ce bébé. Puis le placenta arrivera à son tour, couronnant l’événement triomphal, comme une ancre posée sur ce nouveau rivage.

« Accoucher en sécurité » – Sophie Gamelin-Lavois – pages 126-127